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Le jackpot des sociétés biotech en Bourse

Nous sommes en Novembre 2020, et le Covid-19 va constituer une poule aux œufs d'or pour de nombreuses sociétés biotechs cotées en Bourse, à l'instar de BioNTech, qui vient alors de dévoiler un vaccin a priori très prometteur, en partenariat avec Pfizer.

Cotée à Wall Street, cette entreprise allemande de 1.500 employés, fondée il y a seulement 12 ans, a vu le cours de son action augmenter de 225% depuis le début de l'année. Elle pèse aujourd'hui 26 milliards de dollars et a fait entrer ses deux fondateurs dans le club des cent Allemands les plus riches.

Autour d'elle, plusieurs "petits" labos se sont aussi envolés, parfois avant même d'avoir annoncé des résultats majeurs. L'allemand CureVac a bondi de près de 300% cette année, l'américain Novavax de 2.040% et Moderna de 326%, pesant plus de 30 milliards de dollars.

 

L'appétit des investisseurs s'est aussi reflété dans les entrées en Bourse. Mecque pour les biotechs, Wall Street et la bourse du Nasdaq ont vu arriver 65 nouvelles entreprises qui ont levé 16,2 milliards de dollars, de loin les plus grosses sommes de l'histoire, d'après la société de données financières américaine Dealogic.

"Ils gagneront beaucoup d'argent" en cas de retours positifs, souligne Daniel Mahony, gérant de fonds dans l'industrie pharmaceutique pour la société Polar Capital à Londres.

 

Le spécialiste insiste surtout sur le fait que, comme pour BioNTech, la commercialisation d'un vaccin efficace en moins d'un an pour serait "phénoménale" pour cette entreprise qui n'en jamais mis sur le marché et dont la technologie n'avait pas encore fait ses preuves.

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Des aides massives

Ces valeurs ont aussi profité des milliards de dollars de subventions d'Etats et de fondations, ainsi que de pré-commandes massives, à l'image du contrat approuvé mercredi par la Commission européenne pour acheter jusqu'à 300 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech.

 

Cette politique permet aux entreprises de mettre en place le processus industriel de fabrication du vaccin en même temps qu'elles travaillent à son élaboration.

Une mise au point en un an, contre sept à dix ans en moyenne. L'avancée fulgurante des vaccins anti-covid relève d'un financement hors norme, qui a pesé des milliards à travers le monde dans la course au vaccin.

Alors qu'il faut compter environ un milliard d'euros pour l'élaboration d'un vaccin, du développement clinique à la construction d'une usine, plusieurs milliards ont déjà été injectés par différents États et organismes publics ou privés.

Revue des principales annonces et mécanismes de financement.

· 11 milliards de dollars injectés par les Etats-Unis

 

« Pour bien comprendre le processus de financement d'un vaccin, il faut distinguer deux types d'apports », explique aux Echos Marie Humblot-Ferrero, directrice de projet au Boston Consulting Group (BCG), spécialiste de l'industrie pharmaceutique.

 

« Un premier volet concerne le financement du développement du vaccin, qui concerne les études cliniques. C'est ce qui permet d'accélérer la recherche. Le second volet concerne les précommandes : on paye en avance les doses de vaccin, ce qui permet de partager le risque financier ».

Les Etats-Unis se sont positionnés très tôt, sur ces deux types de financement, via notamment l'opération « Warp speed », voulue par Donald Trump. Le pays a financé à hauteur de 11 milliards de dollars les deux volets, celui de la recherche et du développement, et de l'achat de doses.

Dans le détail, l'américain Johnson & Johnson avait reçu de la part des Etats-Unis dès le mois de mars plus de 450 millions de dollars, puis un milliard de dollars, contre 100 millions de doses de vaccin.

 

Pfizer et BioNtech ont reçu des Etats-Unis près de 2 milliards de dollars pour 100 millions de doses.

Mais c'est la biotech Moderna qui aura jusqu'ici touché le « jackpot », avec 2,5 milliards de dollars pour financer les essais cliniques, et produire 100 millions de doses. Un engagement record pour un seul laboratoire sur un nouveau vaccin.

Les Etats-Unis ont par ailleurs accordé 1,6 milliard de dollars à la biotech Novavax contre 100 millions de doses.

 

1,2 milliard a été injecté à AstraZeneca et à l'université d'Oxford, pour 300 millions de doses réservées.

 

Le Français Sanofi a enfin été choisi avec son partenaire britannique GSK, pour un financement de 2 milliards de dollars, portant sur 100 millions de doses, précise-t-on à l'AFP.

· 2 milliards d'euros d'engagement pour l'Europe

La Commission européenne a signé avec six laboratoires :

 

Moderna, le dernier en date (160 millions de doses commandées),

AstraZeneca et Johnson & Johnson (400 millions de doses chacun),

Sanofi-GSK (300 millions de doses)

Pfizer-BioNtech (300 millions de doses)

CureVac (405 millions de doses), indique l'AFP.

« L'UE ne finance que des précommandes », précise Adrien Le Bail, chef de projet senior et membre du centre d'expertise santé du BCG. « Pour l'instant cela représente 2 milliards d'euros, mais au vu de l'évolution des choses, ce chiffre devrait grimper ». Dans le détail, l'attribution de ce budget aux différents laboratoires n'est pas connue, mais il s'agit là aussi du plus gros montant jamais déboursé par l'institution européenne, dont l'unité est encore balbutiante dans le champ de la santé.

· 1,3 milliard de financements groupés

D'autres pays ont passé des accords unilatéraux avec les laboratoires, comme le Canada, Israël, ou le Royaume-Uni. Ce dernier a commandé 335 millions de doses auprès de 7 laboratoires, sans préciser le financement alloué, apprend-on à l'AFP.

Mais les coalitions d'Etats ont aussi fait feu de tout bois dans l'approche vaccinale anti-Covid. La CEPI, organisme international qui finance principalement la recherche et le développement, a ainsi aidé neuf programmes de recherche, à hauteur de 1,3 milliard de dollars.

· 10 millions de dollars… pour Tik Tok

D'autres Etats, mais aussi des contributeurs privés financent également un dispositif commun, Covax, en charge de l'achat et de la répartition des vaccins aux pays émergents.

 

La fondation Bill et Melinda Gates (à hauteur de 150 millions de dollars),

L'entreprise Nestlé ou la banque japonaise Sumimoto Mitsui, en font partie.

Et même le réseau social Tik Tok, qui a versé 10 millions de dollars.

Pour Marie Humblot-Ferrero, ces financements « inédits » sont un « accélérateur pour tout le monde : pour l'industrie pharmaceutique comme pour les régulateurs, on est dans une nouvelle façon de travailler », estime l'experte. « Cela accélère également le financement de nouvelles technologies », ajoute-t-elle, prenant en exemple les avancées sur l'ARN messager. « On assiste à une convergence et à une mobilisation inédite des différents acteurs pour accélérer le processus de la recherche et du développement », résume-t-elle.

 

Un vaccin... cela rapporte

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Les vaccins contre le Covid ont permis à au moins neuf personnes de devenir milliardaires, dont le PDG français de Moderna Stéphane Bancel, et leur fortune cumulée permettrait de vacciner les pays les plus pauvres, affirme ce jeudi 20 mai l’ONG Oxfam.

Ces nouvelles fortunes ont émergé « grâce aux profits faramineux des groupes pharmaceutiques qui ont un monopole sur la production de vaccins contre le Covid », estime Oxfam dans un communiqué publié avant un sommet mondial sur la santé du G20, vendredi à Rome.

Ces chiffres se basent sur le classement du magazine américain Forbes et sont publiés par la « People’s Vaccine Alliance », dont fait partie Oxfam, qui regroupe des organisations et personnalités réclamant la gratuité des vaccins contre le Covid partout dans le monde.

La fortune cumulée des neuf milliardaires cités est de 19,3 milliards de dollars.

Les deux premières fortunes, qui se détachent du lot, sont détenues par le PDG de Moderna Stéphane Bancel (4,3 milliards de dollars) et le PDG et cofondateur de BioNTech Ugur Sahin (4 milliards).

Huit autres milliardaires, dotés de « vastes portefeuilles d’actions » dans des sociétés pharmaceutiques, ont connu une hausse cumulée de leurs patrimoines de 32,2 milliards de dollars

Big pharma

Big Pharma est un terme employé pour désigner l'industrie pharmaceutique dans son ensemble, mais souvent plus précisément les plus gros groupes la composant. Il est notamment utilisé le cadre de la dénonciation du lobbying pharmaceutique.

Le marché pharmaceutique représente 920 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019. Les cinq premiers groupes à l’échelle mondiale (Johnson & Johnson, Roche, Pfizer, Bayer et Novartis) représentent environ un quart du marché, et seule une vingtaine d’entreprises du secteur dépasse les 10 milliards de chiffre d’affaires. Les dix premières entreprises disposent de 800 000 salariés.

Dans l’industrie pharmaceutique, le secteur des vaccins est très concentré due à la spécificité de sa production et nécessite des investissements considérables (la recherche et développement monte à 20% du chiffre d’affaires) : cinq laboratoires se partagent 80 % du marché : Johnson & Johnson, Pfizer, Merck, GSK et Sanofi. Ce marché représente 27 milliards d’euros en 2019, soit 3 % du marché du médicament.

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